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dimanche 1 février 2009

Zakir Hussain s'offre une récréation dispersée à la Cité de la Musique

Lundi 21 avril 2003
(LE MONDE)
La star de la musique indienne a clos le cycle de concerts consacrés à l'Inde du nord.


Comment aborder Zakir Hussain ? Faut-il aller vers lui comme l'on va vers l'une des stars de la musique savante de l'Inde, un monument qui s'est produit avec les plus grands, de la chanteuse de khyal KishoriAmonkar au maître du santour Shivkumar Sharma, de l'envoûtant flûtiste Chaurasia à U. Srinivas, l'homme qui a imposé la mandoline dans l'art du raga ? Ou bien s'attend-t-on à retrouver l'époustouflant joueur de tabla capable de toutes les audaces, qui a toujours eu à cœur de se livrer à des expériences de rencontres avec des musiciens occidentaux.

Parmi les spectateurs emplissant la salle de concerts de la Cité de la Musique samedi soir, où Zakir Hussain, entouré de Ashish Khan (sarod) et de ses deux frères Fazal (tabla) et Taufiq Quereshi (percussions), clôt le cycle de concerts consacrés à l'Inde du Nord, il y a plusieurs publics.

Des connaisseurs qui ne ratent pas un concert de musique savante indienne, trouvent dans ses raffinements sophistiqués une matière quasi spirituelle pour les sens, et puis aussi des passionnés de percussions, exaltés par les assauts de virtuosité du musicien. Ou bien encore les nostalgiques de "Shakti", le projet réunissant en 1975 des musiciens indiens autour du guitariste britannique John Mclaughlin pour un libre échange entre le jazz et la musique classique de l'Inde, qui considèrent cette rencontre comme l'une des tentatives les plus jubilatoires de fusion musicale entre l'Orient et l'Occident et savent que Zakir Hussain était de l'aventure.

Celle-ci se prolongea le temps de trois enregistrements et sera renouvelée vingt-cinq ans plus tard à travers Remember Shakti (Verve/Universal), un album dans lequel on retrouve les mêmes magie et plénitude. La même importance accordée au silence aussi.

"Le silence grandit le son, l'amplifie, déclarait alors Zakir Hussain. En Inde, il y a dans tous les schémas rythmiques des moments de respiration. Ils donnent plus de force et mettent superbement en relief ce qui suit".

CAVALCADES ET CASCADES
A Paris, pour ce concert dédié par Zakir Hussain à son père Alla Rakha (illustre musicien décédé en février 2000, il fut pendant vingt-cinq ans l'accompagnateur de Ravi Shankar) et au percussionniste d'origine nigériane Babatunde Olatunji, mort le 6 avril à l'âge de 76 ans, les vertus du silence en musique sont presque oubliées. Hormis les deux pièces sur lesquelles intervient le délicat joueur de sarod Ashish Khan (dont Bageshurari, un raga traditionnel de tempérament romantique), ce ne seront que cavalcades, cascades et flux rythmiques. Sidérants de virtuosité sans doute, d'une musicalité remarquable, mais encombrant trop systématiquement l'espace.

Il semble que ce soir, Zakir Hussain, toujours aussi magistral dans sa dextérité, ses prouesses, a décidé de s'offrir une manière de récréation, de proposer à son public qu'il sait hétérogène, une diversité de propositions, des plus sérieuses aux plus ludiques. Au risque parfois de se perdre, d'être à la lisière du mauvais goût, comme lorsqu'il prétend imiter le bruit du train ou cite les premières notes de la Marseillaise sur sa paire de tablas.

Patrick Labesse



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