Le Qawwali ne peut être profane... Les neveux de Nusrat Fateh Ali Khan ont repris le flambeau du qawwali, de sorte que cette dynastie ne quitte pas le devant de la scène après le décès de leur oncle prestigieux. Mais pour les deux frères, précisons qu'ils sont tombés dans la marmite dès la prime enfance.
Cet entretien fut réalisé à l'occasion de leur passage au Café de la Danse, pendant le Festival Les Belles Nuits du Ramadan. Etrangement, un interprète fut nécessaire, les frères ne sachant pas (ou ne voulant pas ?) parler anglais. De plus, par-delà les grandes tirades sur le fait que le qawwali est une musique religieuse et, donc, ne peut se pratiquer dans un contexte "pop", je fus surpris de constater quelque temps plus tard, qu'il y avait un gouffre entre les paroles et la pratique (cf. l'article World Wide Bled), leur projet électro en collaboration avec Temple of Sound sortant sous le nom Rizwan & Muazzam Qawwali !

Le qawwali est une musique soufie, peut-on dire que sa fonction est de rapprocher de Dieu ?
Rizwan & Muazzam : "Le qawwali est lié et a ses origines dans le soufisme. Ca a à peu près mille ans. Dans le qawwali, nous avons des prières pour Dieu, des prières pour le Prophète ou les Saints. Et le but du qawwali est d'amener les gens plus près de Dieu et d'amener la paix et l'amour parmi les gens".
Cela peut-il déboucher sur la transe ?
R & M : "Oui, car les gens sont impliqués dans la musique, même s'ils ne comprennent pas les paroles, ils comprennent la musique. La poésie soufie a aussi beaucoup d'effet sur le public, et cela peut conduire à la transe. Certains ne savent plus ce qu'ils font, ils dansent, ils pleurent. C'est vraiment une sorte de transe. Ca met vraiment les gens en transe. Cela dépend aussi des chanteurs. Plus le chanteur chante avec toute la profondeur de son cœur, plus l'artiste est impliqué dans son chant, plus cela crée un effet."
Vous êtes très jeunes, pensez-vous avoir encore beaucoup de progrès à accomplir dans l'art du chant qawwali ou le fait d'avoir commencé enfant vous a-t-il permis de déjà atteindre votre meilleur niveau ?
R & M : "Oui, nous savons que nous sommes très jeunes, nous avons appris depuis l'enfance, nous avons toujours joué professionnellement sur scène. Et nous savons aussi que la musique est sans fin, que c'est un processus d'apprentissage permanent et que l'on ne devient jamais maître et que nous apprendrons toujours, dans le futur également".
Puisque vous êtes jeunes et que vous représentez la nouvelle génération, envisagez-vous à l'avenir de mélanger le qawwali à des influences plus modernes, comme avait pu le faire votre oncle le grand Nusrat ?
R & M : "Oui, nous faisons partie de la nouvelle génération mais le qawwali lui-même ne change pas. Les artistes changent mais la tradition ne change pas. Notre but est de garder la tradition. Nous avons récemment fait un album avec un groupe nommé Temple of Sound, à Londres. Et notre nouvel album sortira en avril chez Virgin / Realworld. Mais on ne mélange pas le qawwali avec de la musique moderne. Si nous collaborons avec d'autres musiciens, nous faisons des performances solo. Peut-être garderons des textes traditionnels mais pas du qawwali. Le qawwali n'ira jamais avec une musique moderne. Même notre oncle Nusrat a collaboré avec d'autres artistes mais il n'a jamais mélangé le qawwali avec d'autre musiques, avec des musiques modernes. C'est lui-même qui chantait, en solo. Une performance solo ne sera pas considérée comme du qawwali. Parce que les gens pensent que quand on fait des performances solos c'est un "qawwali mix", mais ce n'est pas du qawwali. C'est un solo avec peut-être des paroles branchées mais ce n'est pas du qawwali.
Que pensez-vous de la vocation de ce festival qui est de rassembler pour le Ramadan des gens de religions différentes ?
R & M : "Nous sommes très contents d'être ici. Nous étions déjà là l'an dernier, déjà pendant le Ramadan. C'est bien de pouvoir rassembler des gens de toutes les religions au même endroit. Et c'est tout le message du qawwali : convoyer un message de paix et d'amour et unir les gens. Et quand on voit ça, ça nous rend très heureux, car vraiment la musique aide à tisser un lien entre les gens. Nous voyons des progrès et ça nous rend heureux".
Propos recueillis par Olivier Cathus
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